Sécheresse : le reblochon AOP assouplit son cahier des charges
Dans les Aravis, en Haute-Savoie, les éleveurs de reblochon AOP composent avec une sécheresse qui a réduit l'herbe et fait grimper le prix du foin
Trois fromages alpins sous dérogation depuis le 1er septembre
Le ministère de l'Agriculture a publié au Journal officiel, le mardi 1er septembre 2026, des arrêtés assouplissant à titre exceptionnel les cahiers des charges du reblochon, du cantal et de la fourme d'Ambert, trois fromages sous appellation d'origine protégée frappés par le manque de pluie de l'été. Ces textes suivent de quelques jours des décrets comparables publiés fin août pour le comté, le beaufort et l'abondance, trois AOP dont l'aire de collecte s'étend sur les Alpes et le massif du Jura. Selon la Direction générale de l'alimentation, 39 organismes de défense et de gestion ont déposé une demande de modification temporaire depuis le début de l'été, dont 20 concernent des fromages sous signe de qualité ; 16 arrêtés étaient déjà publiés début septembre, les autres devant suivre à brève échéance. Des dérogations comparables avaient déjà été accordées à plusieurs de ces mêmes appellations après la sécheresse de 2022, ce qui a permis à l'administration de s'appuyer sur des dossiers déjà instruits pour accélérer la publication des textes cette année.
Ce que change la dérogation, fromage par fromage
Pour le reblochon, la durée minimale de pâturage est ramenée de 150 à 120 jours sur l'ensemble de la saison 2026, et la part de fourrage devant provenir de la zone géographique passe de 100% à 75% de la ration de base, un seuil abaissé à 55% pour les exploitations situées au-dessus de 600 mètres d'altitude. Le cantal peut désormais intégrer jusqu'à 50% de fourrage extérieur à l'aire, sous forme de foin, de luzerne déshydratée, d'enrubannage ou de paille. La fourme d'Ambert, dont l'aire couvre une partie du Puy-de-Dôme et du Cantal, apparaît comme la moins touchée des trois appellations concernées par ce train de mesures : elle voit sa marge portée à 20% de la ration. Ces dérogations, entrées en vigueur le 1er août 2026 pour le reblochon, courent jusqu'au 31 mai 2027, une durée volontairement longue pour couvrir à la fois la fin de la saison d'alpage 2026 et l'hiver suivant, période où les stocks de fourrage constitués cet été seront distribués aux troupeaux en stabulation.
| Fromage AOP | Assouplissement accordé |
|---|---|
| Reblochon | Pâturage réduit à 120 jours, fourrage hors zone jusqu'à 45% (55% en altitude) |
| Cantal | Fourrage hors zone jusqu'à 50% de la ration |
| Fourme d'Ambert | Fourrage hors zone jusqu'à 20% de la ration |
Dans les Aravis, un président de 24 ans aux avant-postes
Baptiste Mermillod-Blardet, éleveur installé depuis un peu plus de deux ans dans le massif des Aravis, en Haute-Savoie, a été élu président du syndicat interprofessionnel du reblochon en avril 2026, à 24 ans. Cet été, il a dû entamer ses réserves de foin dès le 1er juillet, un mois plus tôt que d'habitude, faute d'herbe suffisante pour son troupeau : selon son témoignage, deux jours de pâturage suffisaient à épuiser une parcelle malgré quelques orages. La pousse cumulée des prairies permanentes du massif était, au 31 juillet 2026, inférieure d'environ 30% à la moyenne observée sur la période 1989-2018. Élu depuis avril à la tête du syndicat interprofessionnel, il se retrouve à défendre au niveau national une filière qu'il découvre lui-même, sur son exploitation, en tension : chaque orage d'été apporte un répit de deux jours à peine avant que le troupeau n'ait de nouveau épuisé l'herbe disponible sur les alpages qu'il fait pâturer. Le prix du foin a suivi la même pente que la sécheresse.
- 2025 : entre 100 et 110 euros la tonne
- Août 2026 : 163 euros la tonne
- Certains lots livrés, transport compris : jusqu'à 230 euros la tonne
Ce qui est acquis, ce qui ne l'est pas
Les arrêtés sont publiés, les seuils sont fixés pour la campagne 2026 et une partie 2027, et la profession a déjà géré une situation comparable en 2022. Ce qui reste ouvert, c'est l'ampleur du choc sur le revenu des éleveurs de montagne : la FNSEA évalue à environ 40% la baisse des rendements de maïs cette année, un fourrage sur lequel une partie des exploitations laitières s'appuie en complément du pâturage. Un plan d'aide d'urgence d'un milliard d'euros pour l'agriculture touchée par la sécheresse a été annoncé début septembre par le gouvernement, dont 235 millions confiés directement aux préfets ; pour Jérôme Despey, premier vice-président de la FNSEA, "le compte n'y est pas" et ce montant n'est qu'un acompte avant de futures discussions. Reste à savoir si l'automne apportera assez de pluie pour reconstituer les stocks de fourrage avant l'hiver, et si les dérogations accordées cette année suffiront à éviter une nouvelle hausse du prix du foin comparable à celle observée depuis le printemps.
