Label bio : la consommation repart, les producteurs reculent

Le label Agriculture Biologique séduit à nouveau les consommateurs français en 2025, mais l'Agence Bio alerte sur un recul inédit du nombre de producteurs engagés.

Label Bio

Une consommation bio qui retrouve des couleurs

Le communiqué de l'Agence Bio présentant les résultats de l'Observatoire 2025, publié le 16 juin 2026, confirme un mouvement de reprise déjà perceptible depuis le baromètre annuel présenté au Salon international de l'agriculture. En 2025, 59 pour cent des Français déclarent consommer des produits sous label Agriculture Biologique au moins une fois par mois, soit cinq points de plus qu'en 2024. La consommation hebdomadaire progresse plus nettement encore, passant de 30 à 35 pour cent en un an. Ce rebond touche l'ensemble des catégories de la population, quel que soit l'âge, le niveau de revenu ou le profil sociologique, ce qui traduit une forme de démocratisation retrouvée de la consommation bio après plusieurs années de turbulence pour la filière. Le chiffre d'affaires des magasins spécialisés bio a progressé d'environ 6,6 pour cent en 2025 par rapport à l'année précédente, tandis que la vente directe a également enregistré une hausse de 5,2 pour cent. La part du bio dans la consommation alimentaire des ménages français atteint désormais 5,8 pour cent, une légère progression par rapport aux deux années précédentes qui avaient été marquées par un net repli de la demande.

Un recul inédit du nombre de producteurs engagés

Ce retour en grâce auprès des consommateurs contraste toutefois avec une évolution préoccupante du côté de l'offre. Pour la toute première fois depuis la création du label, le nombre de producteurs engagés en agriculture biologique a reculé de 0,6 pour cent, tandis que les surfaces certifiées diminuent également. Cette situation crée un décalage entre une demande qui repart à la hausse et une offre française qui se contracte au même moment, un écart qui pourrait à terme favoriser les importations de produits bio si la tendance venait à se confirmer dans la durée. Plusieurs explications sont avancées par les professionnels du secteur pour comprendre ce paradoxe, notamment les difficultés économiques traversées par certains producteurs pendant les années de crise de consommation, qui ont pu conduire des exploitants à quitter la certification ou à renoncer à une conversion initialement envisagée. Le coût et la complexité des démarches de certification, ainsi que l'incertitude sur la rentabilité à moyen terme, pèsent également sur les décisions des agriculteurs face à ce label qui impose des contraintes de production strictes. Plusieurs signaux ressortent de cette période :

  • Une consommation bio en hausse dans tous les circuits de distribution
  • Un chiffre d'affaires des magasins spécialisés en nette progression
  • Un nombre de producteurs certifiés en recul pour la première fois
  • Des surfaces cultivées en bio également en diminution

Ce constat inquiète les organisations professionnelles agricoles, qui redoutent que la filière française perde en compétitivité face à des produits bio importés, alors même que le label Agriculture Biologique reste perçu par les consommateurs comme une garantie de traçabilité et de respect de l'environnement. Les pouvoirs publics sont appelés par plusieurs syndicats à renforcer les dispositifs d'accompagnement à la conversion, afin d'éviter que ce déséquilibre entre offre et demande ne s'installe durablement dans le paysage agricole français.

Un signal encourageant pour les prochaines conversions

Au milieu de ces indicateurs contrastés, un signal positif est toutefois apparu au printemps 2026 selon les déclarations préliminaires de la politique agricole commune, encore à confirmer dans les mois à venir. Les surfaces en cours de conversion vers le label bio progressent de 24 pour cent pour les grandes cultures et de 44 pour cent pour les légumes frais, ce qui suggère que la dynamique de conversion, à l'arrêt depuis 2021, pourrait être en train de repartir. Si cette tendance se confirme dans les prochains mois, elle pourrait permettre de résorber en partie l'écart entre une demande des consommateurs en hausse constante et une offre française qui s'est contractée ces dernières années. Les acteurs de la filière bio attendent désormais les prochaines notes de conjoncture de l'Agence Bio pour vérifier si cette reprise des conversions se traduit effectivement par une inversion durable de la courbe des surfaces certifiées, un enjeu de souveraineté alimentaire autant que de crédibilité pour un label qui reste l'un des signes de qualité les plus reconnus par les consommateurs français.