AOP et sécheresse : quatre cahiers des charges assouplis
Comté, Saint-Nectaire, Rigotte de Condrieu et Bleu de Gex Haut-Jura desserrent leur cahier des charges AOP : quatre arrêtés du 2 octobre 2026 les y autorisent.
Que prévoient ces arrêtés pour les AOP fromagères touchées par la sécheresse ?
Les vaches de quatre AOP fromagères pourront manger plus de fourrage venu d'ailleurs, du 1er août 2026 jusqu'au printemps ou à l'été 2027 selon l'appellation. La sécheresse a vidé les prairies, et le cahier des charges de chaque signe desserre une règle d'alimentation du troupeau.
Les textes émanent des ministres chargés de l'Agriculture et du Commerce, et chacun porte la date du 2 octobre 2026. Celui du Bleu de Gex porte le numéro NOR AGRT2624538A, celui du Comté le numéro NOR AGRT2624539A. Ils reprennent des modifications temporaires approuvées par la commission permanente du comité national des appellations laitières, agroalimentaires et forestières de l'INAO. Pour la Rigotte de Condrieu, cette commission s'est prononcée le 9 septembre 2026, au titre du règlement (UE) 2024/1143. Le point commun est simple : l'herbe et le foin de l'aire d'appellation manquent, et le texte d'origine ne laissait aucune marge pour acheter ailleurs. Le Bleu de Gex Haut-Jura suit la même logique que le Comté sur la seule ration de base, avec un plancher de 80 % de fourrages issus des prairies de l'aire. Les pourcentages du tableau sont calculés sur la matière sèche.
| AOP | Règle modifiée | Exigence habituelle | Pendant la dérogation | Fin de la dérogation |
|---|---|---|---|---|
| Comté | Fourrage de l'aire géographique | 95 % minimum | 80 % minimum | 31 mai 2027 |
| Saint-Nectaire | Herbe issue de la zone de production | 70 % minimum | 50 % minimum | 1er mai 2027 |
| Rigotte de Condrieu | Fourrages et aliments extérieurs | 20 % maximum | 40 % maximum | 1er juillet 2027 |
| Bleu de Gex Haut-Jura | Ration de base issue des prairies de l'aire | Prairies de l'aire, sans pourcentage chiffré | 80 % minimum | 31 mai 2027 |
Comté : 80 % de fourrage local et des génisses mieux nourries
Le Comté ne se contente pas de passer de 95 % à 80 % de fourrage local. L'arrêté relève aussi l'allocation d'aliments complémentaires des génisses : 1 500 kg par UGB au lieu de 500 kg, pour l'année en cours. Le texte vise la consommation annuelle, pas la ration d'un jour donné. La mesure concerne donc les jeunes bovins en élevage, pas seulement les vaches en lactation, et elle triple l'enveloppe prévue par le cahier des charges ordinaire.
Saint-Nectaire : pâturage réduit et compléments liquides autorisés
Le Saint-Nectaire touche trois règles à la fois. La durée de pâturage des vaches laitières tombe de 160 à 120 jours par an pour 2026. Le minimum d'herbe de la zone passe de 70 % à 50 %. Les génisses n'ont plus l'obligation de 40 % d'herbe locale ; une ration d'herbe et éventuellement de paille suffit. Le texte autorise en outre l'ensilage enrubanné, le foin séché et la paille venus de l'extérieur de la zone, ainsi que des mélasses de betterave ou de canne et des vinasses de distillerie en complément liquide. Le plafond de 1 800 kg d'aliments complémentaires reste en vigueur. La Rigotte de Condrieu, elle, double simplement sa part d'aliments extérieurs, de 20 % à 40 % au maximum.
Des dérogations datées, qui s'éteignent d'elles-mêmes
Les quatre dérogations commencent le 1er août 2026. Elles s'arrêtent à des dates différentes : le 1er mai 2027 pour le Saint-Nectaire, le 31 mai 2027 pour le Comté et le Bleu de Gex, le 1er juillet 2027 pour la Rigotte de Condrieu. Passé ces dates, le cahier des charges d'origine s'applique de nouveau, sans nouveau texte. Ces arrêtés ne concernent que les exploitations qui produisent sous ces quatre signes. Le reblochon et quatre autres appellations avaient déjà obtenu un assouplissement du même genre, détaillé dans notre article sur les cinq AOP laitières assouplies, par des textes distincts. Les textes consultés ne donnent aucune estimation du nombre d'éleveurs qui utiliseront la marge. Aucun volume de lait ou de fromage concerné n'y est chiffré. Reste aussi à décrire le contrôle : aucun arrêté ne précise comment un dépassement de 80 % ou de 40 % sera documenté par les organismes certificateurs.
